La St-Jean, qu'ossa donne? - billet d'humeur

Salle à manger du personnel, 23 juin, vers midi

Collègue 1 : Fêtez-vous la St-Jean ce soir ou demain?
Collègue 2 : Nous, on se fait une partie de kick ball demain au parc et un souper communautaire après.
Collègue 3 : On va à Laval à soir voir Cœur de Pirate et Louis-Jean Cormier.

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Qu’est-ce que la fête nationale du Québec?  Selon le MELS, c’« est l’occasion de célébrer, à travers des événements rassembleurs qui s’adressent à l’ensemble de la population, la fierté de la culture et de l’identité québécoise[1] ». Quoi qu’en dise la CAQ[2] et même le président du MNQ[3], organisme chargé par le gouvernement d’organiser la fête nationale des Québécois depuis 1984, la fête nationale est par cette définition même, depuis sa création en 1834, une fête politique. Malgré la tentative de René Lévesque en 1977 de faire d’elle « la Fête de tous les habitants du Québec, peu importe leurs origines, leur religion et leurs allégeances politiques », pour moi, elle symbolise encore ce qu’elle symbolisait à sa naissance, soit la célébration d’un peuple francophone (canadien-français à l’époque) enclavé dans une Amérique du Nord anglophone. Comment en effet célébrer la fierté de notre culture et de notre identité sans souligner ce fait? La population du Québec en 2014 était de 8 214 672[4]. Celle du Canada, 35 540 400[5], et celle des États-Unis, 316 128 839[6]. Les Québécois représentent donc 2.3 % de toute la population en Amérique du Nord. Nous sommes une goutte d’eau dans l’océan anglophone qu’est l’Amérique. Alors oui, pour moi, célébrer ce fait français en Amérique du Nord reste la principale – et non la seule, j’en conviens – raison d’être de cette fête nationale. Et la célébration de ce fait français est intrinsèquement liée à l’idée de l’indépendance et de la souveraineté depuis la naissance de ces deux mouvements.

Mais vois-tu, lecteur, depuis les dernières élections, je n’ai aucune fierté à être québécoise. Aucune fierté, comme je l’écrivais dans mon précédent billet, à faire partie d’une nation qui remet au pouvoir ceux qu’elle avait virés à coup de pied au derrière aux élections précédentes. Aucune fierté à vivre au côté de concitoyens qui ne reconnaissent pas la valeur d’une éducation de qualité (je suis enseignante, dois-je le rappeler). Il règne au sein de la société québécoise une passivité crasse devant les innombrables accrocs faits à notre filet social par les libéraux ces derniers mois. Sa capacité à subir et à endurer sans se lever – ce que certains désignent, à tort, je crois, comme étant un comportement pacifiste – me met en colère. Les événements du Printemps érable m’ont fait espérer que, peut-être, nous pourrions nous lever. Tous, ensemble. Encore. Mais j’attends toujours.

Collectivement, au cours des années 60 et 70, nous avons montré que nous sommes quelque chose comme un grand peuple. Capable de se réinventer, voire de s’inventer. L’intertexte de mon titre se veut d’ailleurs un clin d’œil à cette période phare de notre histoire. Mais cette année tout particulièrement, lecteur, la fierté de mon identité, germée à cette époque d’effervescence politique et culturelle, a plié bagages.
Et j’espère que ce ne soit pas en aller simple.

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Collègue 4 (en l’occurrence moi) : Moi, je ne pense pas fêter, non.



[1] http://mnq.qc.ca/fierte-page/fete-nationale-du-quebec/
[2] http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/18/003-cas-fete-nationale-souverainistes-discours-interdire.shtml
[3] http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/18/003-cas-fete-nationale-souverainistes-discours-interdire.shtml
[4] http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/structure/qc_1971-20xx.htm
[5] http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/140926/dq140926b-fra.htm
[6] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/USA/fr/SP.POP.TOTL.html

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