Le paquebot et l'écluse

 

Mon syndicat tenait mardi soir dernier une assemblée générale. À lordre du jour : négociations avec la partie patronale et, surtout, vote de grève. Après environ 20 minutes, j’étais hors de moi. Hors de moi devant le mépris de la partie patronale à notre égard. Devant son hypocrisie crasse; la CAQ a fait campagne en promettant de faire de l’éducation sa priorité, de raviver lattrait pour la profession enseignante et nous promettant, entre autres, un rattrapage salarial. En lieu et place, les négociations sont au point neutre depuis un an (!) et toutes nos demandes ont été balayées du revers de la main. Il est entre autres question de faire passer la semaine de travail des enseignants de 32 à 40 heures, et ce, sans rémunération supplémentaire. Pire : sans même nous assurer que notre salaire suivra laugmentation du coût de la vie. Vous laurez deviné : le syndicat a facilement obtenu son mandat de grève (± 75 % en faveur de celle-ci).

Jeudi, on apprenait que quantité denseignants démissionnent non pas en raison de la pandémie, comme certains pourraient le croire, mais parce que celle-ci na fait quexacerber tous les irritants liés au métier denseignant et que plusieurs nen peuvent tout simplement plus.

Et je me suis posé ces questions : 

Jusqu’à quel point faut-il ne pas se respecter comme personne pour endurer tout ce que le système de l’éducation nous fait endurer?

Jusqu’à quel point devons-nous, comme éducateur, miner notre santé physique, morale pour continuer d’œuvrer au cœur de la machine? Une machine qui nous broie, nous ronge et nous gruge.

Quel est le prix à payer pour ces années passées dans lanxiété, le stress, linsomnie, les lésions professionnelles parce que cest ce que cest même si elles ne sont pas reconnues comme telles par lemployeur, des lésions laissées dans nos corps meurtris qui sont causées par notre travail quel est ce prix, donc? Les cliniques de physiothérapie, massothérapie, ostéopathie, etc. débordent denseignants dont le corps nen peut plus. Pour laccès à la psychothérapie, on le sait, cest plus complexe. Les programmes daide aux employés ne suffisent plus à la tâche. Dans mon centre de services, lan dernier, avant larrivée du virus meurtrier dans nos vies, les demandes au PAE avaient explosé.

Il mest en ce moment impossible denvisager une amélioration suffisante de mes conditions de travail pour quelles atteignent un niveau qui me permettrait d’œuvrer à laise dans la machine, et ce, dans un avenir rapproché. La situation est à ce point critique, urgente, que cest un changement immédiat qui devrait être opéré. Or, comme on le sait tous, la lenteur administrative du gouvernement fait en sorte quil faudrait des années avant de voir les effets de tels changements, si changements il y avait, bien sûr. L’éducation a lagilité dun paquebot dans une écluse.

Que faire alors?

Quitter.

Ya pas dautre issue.

Commentaires

Messages les plus consultés