Jean-René Dufort a (presque) tué mon blogue


Deux ans. Ça fait deux ans que mon écriture se résume à mes statuts Facebook, mes gazouillis, mes textos et mes courriels - quoique parfois très divertissants, surtout lorsqu'ils font le récit d'expéditions de chasse - échangés avec ma mère. Pas très reluisant comme bibliographie, hein? La cause de ce syndrôme de la page blanche qui s’étire? Le dépôt de mon mémoire de maîtrise sur Michel Houellebecq. Voyez-vous, jadis, bien avant le dépôt fatidique, je bloguais allègrement. Puis j’ai cessé – entre autres - parce que la rédaction de mon travail me prenait la tête et le temps. J’ai cessé en me disant que je reviendrais à l’écriture pour le pur plaisir d’écrire une fois le mémoire pondu. Que j’étais naïve…

Y’a littéralement un avant et un après mémoire. Sur le plan de la pensée. Sur le plan de la vision du monde. Mais, surtout, sur le plan de la rigueur intellectuelle.


***

Brasserie de quartier, vendredi 19 juin, traditionnel 5 à 7 avec l’Homme

Moi : J’ai voulu commencer mon premier billet pour mon blogue[1].
L’Homme : Ah! oui? Pis?
Moi : Ça m’vient pas.
L’Homme : T’es rouillée, hein?
Moi : Ben, Jean-René Dufort a fait une chronique à C’est pas trop tôt ce matin et il a dit tout ce que j’aurais pu écrire comme billet.
L’Homme : « Jean-René Dufort a tué mon blogue », me semble que ça te ferait un bon titre pour ton premier billet, non?
Moi : J’aime ça! J’le note.
L’Homme : Mes idées, tes textes, on tient quelq’ chose, là!
Moi : En plus, tout a déjà été dit sur ce sujet-là. Qu’est-ce que je vais apporter de nouveau, moi? E-rien. Pis si c’est pour apporter e-rien, ça sert à rien que j’écrive. Pis ça reste de l’opinion et j’ai pas vraiment envie de verser là-dedans.
L’Homme : Tu vas être pognée pour gérer les trolls…
Moi : Ouais, pis ça me tente vraiment pas!
L’Homme, pointant mon verre de vin[2] avec insistance.
Moi : Non, j’connais pas assez le vin pour bloguer là-dessus pis j’refuse de parler de ce que je connais pas.
L’Homme : Pas la mode pis la bouffe, y’en a déjà trop.
Moi qui acquiesce.
L’Homme : Pourquoi tu parles pas de toi? De tes expériences?
Moi : Mais c’est pas intéressant. J’ai pas d’expériences qui valent le coup, je voyage pas tant, j’ai pas une vie palpitante.
L'Homme : Les gens, ce qu'ils aiment, c'est quand tu parles de toi.
Moi : ...

***

Voyez l’étendue des dommages. L’opinion est un genre dont je me suis détournée. La rigueur me hante et le devoir d’originalité me ronge. Mon premier blogue était rédigé dans le confort d'une certaine naïveté; et j'en tirais un plaisir certain. Mais ça, c’était avant, t’sais.

Reste que le goût d’écrire est présent. Et puis, j’en suis venue à cette conclusion. Dans un Québec  où 5 % de la population estime que l’éducation est une priorité (à égalité avec l’environnement, scusez pardon), où on a réélu les libéraux un peu plus d'un an après les avoir foutus à la porte parce qu’atrocement corrompus, où on s’enflamme pour le possible retour à la télé de Joël Legendre, où on ne sait plus saisir l’ironie dans une émission d’humour mordant et où le maire de Québec va marier PKP à Julie… À l’instar des militants étudiants de 2015, je dis « fuck toute »!

Je ne révolutionnerai ou ne réinventerai rien ici. J’vais juste renouer avec le plaisir d’écrire.

C'est déjà pas mal « toute » c'qui compte, non?



[1] Mon idée première était d’écrire sur la saga des mongols de Québec.
[2] Commuter, Pinot noir, Willamette Valley, Oregon, 2013

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