Considérez-vous prévenus



Vous rappelez-vous de la fébrilité qui vous habitait à l’approche d’un examen important, au secondaire? D’un examen de fin d’année? D’un examen de fin d’année… du ministère? Le gros méchant ministère avec ses examens «difficiles[1]» aux contenus obtus. Eh! bien, mes élèves passeront l’un de ces examens, en écriture, jeudi prochain, le 5 mai. Ils sont survoltés, énervés, excités, inquiets, angoissés. Bref, c’est. La. Ca-ta! Et moi, j’me la joue "cool" devant eux pour les rassurer, mais gérer cette marée d’émotions, ça m’épuise. Et ça raccourcit ma mèche déjà courte. 
 
Mais ça, la fille que j’ai croisée tantôt à la SAQ ne le savait pas…

***

SAQ de mon quartier. Je me dirige vers la caisse, la seule qui est ouverte. Une jeune femme dans la vingtaine attend, écouteurs sur les oreilles, iPhone 6[2] à la main, lisant je ne sais trop quoi. J’évalue la situation : personne devant elle à la caisse, la lumière signifiant que ladite caisse est ouverte est allumée. La commis attend. Patiemment.

Feu vert.

Moi, à la jeune fille : Vous attendez quoi, au juste?

Jeune fille : Euh… Allez-y, je lisais un message texte.

Moi : Merci.

Plusieurs secondes plus tard – les salutations d’usage enrobées de fausse politesse dégoulinante ont déjà été échangées avec la commis, la oh! combien précieuse carte Inspire demandée - à la caisse, j’entends ceci :

Jeune fille, frustrée : Belle façon de d’mander!

Moi, du tac au tac, sourire en coin : Belle façon d’être sur son cellulaire pis de pas s’rendre compte qu’i’ y’a du monde autour!

C’est dans des moments comme ceux-là que je comprends pourquoi on dit que j’ai un sens de la répartie meurtrier.

Jeune fille, déjà à bout de ressources (clairement, argumenter, c’est pas sa force) : Ah, pis, allez dont chier!

Moi, sur un ton rieur : Ah, pis, vous aussi!

Sur quoi je paie et je quitte, sourire aux lèvres.

***

Il reste une semaine avant la date fatidique.

Je plains la prochaine personne qui me contrariera.
***

Journal de Mourrial

Mercredi 4 mai

MONTRÉAL - Une jeune femme dans la trentaine s’en est pris physiquement à une autre cliente du centre d’entraînement que toutes les deux fréquentent. La victime occupait à elle seule deux tapis pour faire ses exercices au sol. L’assaillante a invectivé la cliente, qui refusait de bouger. Une escarmouche s’en est suivi, laissant la victime avec quelques égratignures et plusieurs cheveux en moins.

Aucune accusation ne sera portée dans cette affaire, la cliente n’ayant pas porté plainte.

L’agresseusse[3], œuvrant dans le domaine de l’éducation, s’est refusée à tout commentaire.


[1] Le taux de réussite de mon cours, à mon école, est de 99 %. Et pourtant, il a été prouvé que les finissants – voire les Québécois - ont d’importantes lacunes en lecture et en écriture.
[2] ZE iPhone, là, j’imagine que c’est le 6, peut-être même le 6s. Bref, on a affaire à une jeune fille "hip". #Not
[3] C’est le véritable féminin du mot «agresseur». On l’entend et on l’écrit peu. On comprend pourquoi. Brrrr!

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